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DISPARUS : Européens victimes d'enlèvement au cours de la guerre d'Algérie
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DISPARUS : Européens victimes d'enlèvement au cours de la guerre d'Algérie

Etude sur le nombre d'européens victimes d'enlèvement au cours de la guerre d'Algérie de 1954 au 2 juillet 1962 et dans les mois qui suivirent l'indépendance.

1/ CONSTITUTION DU FICHIER DES « ENLEVÉS PORTÉS DISPARUS »

Parmi les enlevés portés disparus de la guerre d’Algérie, 1954-1962, une grande majorité étaient des civils, français de souche européenne (FSE), nés dans cette France d’outre méditerranée. En ce qui me concerne le rappeler, l’écrire, le dire, c’est répondre à un Devoir de Mémoire.

Le 14 octobre 1964 en réponse à une question du sénateur M. Etienne Dailly, Jean de Broglie secrétaire d’Etat aux affaires Algériennes déclara que le chiffre officiel des enlèvements de français de souche européenne était de 3018.

Malgré les innombrables démarches, tant individuelles qu’associatives, force a été de constater qu’en 2002 le dossier des enlevés portés disparus était au point mort.

En octobre 2002, nous avons constitué le Groupe de Recherches des Français Disparus en Algérie (GRFDA), autour de Monseigneur Pierre Boz†, du Général Maurice Faivre, de Jean Monneret et des familles d’enlevés portés disparus afin de faire connaître nos attentes. Ce groupe sera déclaré en association le 28 février 2015. Il se donna pour mission d’étudier le sort des européens disparus en Algérie de 1954 à juillet 1962 et dans les mois qui suivirent la déclaration d’indépendance.

Le GRFDA demanda l’accès au rapport du Comité International de la Croix Rouge (CICR), rapport établi à l’issue de sa mission en Algérie de Mars à Août 1963. Tenu secret depuis 1963 par le gouvernement français, il fut enfin remis au Général Faivre le 23 avril 2003 avec autorisation de le diffuser. Ce document, contenant un certain nombre de fiches individuelles de disparus, fournit aux Archives du Ministère des Affaires Etrangères (M. A. E) de Nantes la base d’une première liste publiée le 10 septembre 2003. 

Le 29 décembre 2003 les Archives du Quai d’Orsay établirent une liste de 3.192 noms comprenant des dossiers nominatifs du fonds d’archives du Secrétariat aux Affaires Algériennes et les fiches individuelles élaborées par le CICR lors de sa mission. La note qui accompagnait ce document précisait que « en aucun cas elle ne prétend donner le nombre définitif et officiel des personnes disparues en Algérie. Son but est de faciliter les recherches dans les différents fonds d’archives conservés par le M.A.E. et de répondre plus rapidement aux demandes des familles de disparus ».

 

2/ L’ELABORATION DES LISTES EN QUELQUES DATES

- 1962 : création à Alger d’une association de familles de disparus présidée par Mr Domard

- Création en juin à Paris de l’Association de défense des droits des Français d’Algérie ADDFA.

- 1964 : 3018 disparus chiffre officiel du gouvernement Français.

- 1967 : l’association de sauvegarde des familles et Enfants de disparus ASFED se déclare officiellement. Les fondateurs : les époux Jordan étaient membres actifs de l’ADDFA.

- 1986 : parution du livre du Capitaine Leclair dans lequel se trouvent les listes des disparus élaborées par les associations nommées ci-dessus ainsi que celles du CICR.

- 2002 : Création du GRFDA qui se déclarera en association JO du 28 février 2015.

- 29 décembre 2003 :  Quai d’Orsay publie 3192 noms.

- Année 2004 : le MAE, le HCR (Haut Conseil aux Rapatriés) et l’ANIFOM (Agence Nationale pour l’Indemnisation des Français d’outre-mer) et des historiens entreprennent le recensement des dossiers de disparition et le « nettoyage » des listes.

- 8 Avril 2004 : Par courrier le Directeur des Archives du M.A.E. informe le Général FAIVRE de l’établissement d’une liste de 3166 noms (de 313 disparitions avant le 19 mars 1962 et de 2.853 disparitions entre le 19 Mars 1962 et la fin de l’année 1962).

- 21 Avril 2004 : M. DUBOURDIEU, Président de la Mission Interministérielle Aux Rapatriés nous remet une liste de disparus comprenant 3.689 noms, liste publiée en juillet 2004.

- Août 2004 : Je remets à M. DUBOURDIEU et au Secrétariat des Affaires Étrangères ma propre liste d’enlevés portés disparus de 4.635 noms. Cette liste était le résultat de la compilation de plusieurs listes émanant d’initiatives privées, de familles de disparus, d’associations, du CICR et de la direction des Archives du M.A.E. Nous avions conscience que cette liste devait être corrigée rapidement, mais nous manquions de précisions puisque le MAE ne donnait que les noms et les prénoms sans aucun renseignement concernant les sexes et les catégories civiles ou militaires Par ailleurs des cas incertains subsistaient : c’est pourquoi le GRFDA a demandé avec insistance à la Mission Interministérielle aux Rapatriés MIR qu’une commission soit créée pour qu’un document complet soit élaboré.

- Juillet 2005 : Le M.A.E. affiche sur son site Internet une liste de disparus de 2.281 noms effaçant ainsi 1.408 noms de la liste publiée.

- 5 Mai 2008 : Le M.A.E. publie une liste révisée de 2.275 noms avec la mention suivante « liste revue d’après les renseignements fournis par les dossiers dépouillés au MAE ou l’examen des demandes des familles ». 

- 2009 : la Commission « Disparus » est créée par la MIR sous l’égide de Jean-Jacques Jordi historien. L’ensemble des membres du GRFDA et les représentants du Cercle Algérianiste National participaient à cette commission.

- 2010 : je corrige ma liste avec M. Jordi aux archives de Périgueux et je peux ainsi éliminer plus de 1500 personnes.

J’ai également consulté Jean-Claude Rosso artisan d’un très minutieux travail sur les personnes disparues. Une étroite collaboration avec différentes associations de militaires m’avait en outre permis de séparer des listes de civils :500 noms de militaires y étaient inscrits.

- 2011 : parution du livre de Jean-Jacques Jordi « un silence d’état : les disparus civils de la guerre d’Algérie ». Dans cet ouvrage, l’auteur publie les listes établies par la commission « disparus » de la MIR. Celle des personnes civiles disparues présumées décédées soit 1583, celle des personnes enlevées dont les corps ont été retrouvés et inhumés bien souvent sans que les familles en soient informées, soit 123 et celle des personnes dont le sort reste incertain soit 212, dont 41 sans aucune demande des familles.

Ces listes sont les seules valables et les plus renseignées grâce à la consultation par les historiens de toutes les sources d’archives (archives nationales d’Outre-Mer archives nationales – CHAN – CARAN archives du MAE Archives contemporaines à Fontainebleau, Service historique de la défense à Vincennes, délégation générale du gouvernement en Algérie – cabinet militaire- archives du CICR et archives du service central des rapatriés).

- 2018 : le général Henry Jean Fournier président de l’association SOLDIS pour la recherche des disparus militaires fait une évaluation de 1000 militaires disparus dont 580 Français de souche.

 

3/ LE NOMBRE DES DISPARUS DIMINUE AU FIL DES RECHERCHES, POURQUOI ?

Depuis la fin de la guerre d’Algérie des chiffres pléthoriques ont été donnés en matière de disparition. Personnellement, je dirais que je me suis attachée à avoir le maximum d’informations sur la personne disparue afin d’être crédible. 

Bien avant les années 2000 j’avais essayé de dresser des listes en confrontant les données officielles de 1964 aux renseignements précis obtenus auprès des familles par les associations ADDFA et ASFED.

J’ai complété ce travail de statistiques et de recoupements, en rencontrant divers groupes : amicales, associations, cercles ; je leur ai fourni des questionnaires destinés aux familles ou aux personnes ayant eu connaissance d’enlèvement. Peu à peu des réponses complétèrent un fichier riche de de 4635 noms.

J’ai dû prendre garde à des noms retranscrits différemment qui me faisaient croire à deux disparitions pour la même personne, à des personnes portées disparues mais libérées ou évadées rentrées en France, à des femmes inscrites à la fois sous leur nom marital et sous leur nom de jeune fille ou sous leur nom de veuve et sous celui du remariage. Ainsi la même personne figurait à divers endroits du fichier.

Mais pour vérifier ces faits, il fallait l’aide de l’administration.

Le GRFDA a pris en main ce dossier et pressa les pouvoirs publics de s’intéresser à ces chiffres. Les consultations possibles à partir de 2004 me permirent de corriger mon fichier de base. En 2014 pour le protéger, je le déposai au CDHA 

Les corrections répétées de ce fichier m’apportaient la certitude que ceux dont nous voulons honorer la mémoire sont bien des personnes enlevées et portées disparues.

Quelques informations complémentaires :

2001 - 27 Janvier : Aix en Provence : hommage aux Français disparus en Algérie organisé par le Cercle Algérianiste d’Aix en Provence, Présidente Evelyne Joyaux et l’Association Souvenir des Français disparus en Algérie présidé par le Colonel Bautista.

2002 - octobre : création du GRFDA.

2003 - 27 septembre : Bordeaux : rencontre avec des Historiens et des témoins sur le thème : L’après 19 mars 1962 et si on en parlait ? organisé par Cercle Algérianise de Bordeaux présidé par Bernard LETRANGE.

Participants : Général Maurice FAIVRE Monseigneur Pierre BOZ † Général François MEYER Professeur Guy PERVILLE, Jean MONNERET, Jean-Jacques JORDI.

2004 :  colloque du Cercle Algérianiste National à Perpignan. Français d’Algérie disparus, les Français témoignent.

2006 - 23 novembre : rapport du Général FAIVRE concernant les disparus, les destinataires sont le 1er Ministre via la MIR et L’ANIFOM.

2007 - 24 novembre : Inauguration du mur des disparus à Perpignan.

2012 - 28 février : La liste des enlevés portés disparus, arrêtée par la Commission « Disparus de la MIR » défile sur le Mémorial du Quai Branly.

2015 : article de Mme Anne Liskenne, Les Français disparus en Algérie dans les archives du Ministère des Affaires Etrangères.

 

Auteur : Mme Colette Ducos-Ader, présidente du GRFDA, avril 2019

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