Fonds documentaires Critiques littéraires Histoire cachée du Parti Communiste Algérien

Histoire cachée du Parti Communiste Algérien

 

Jean Monneret

Histoire cachée du parti communiste algérien

Via Romana, Versailles, 2016

 

Résumé :

Dans l'historiographie récente aussi bien que dans la doxa en vogue, il va de soi que le parti communiste n'a pu qu'être du côté des opprimés et se poser en acteur de la libération des peuples. La réalité est sans doute (et on s'en doutait) plus complexe et le mérite du dernier livre de Jean Monneret est bien de présenter une face plus sombre, que les discours institutionnels et académiques prennent souvent soin d'oublier.

L'auteur explique dans son introduction avoir voulu commencer à travailler sur « l'affaire Audin », cet universitaire membre du parti communiste algérien (PCA) disparu après avoir été arrêté par les parachutistes en 1957. Mais, au fil de ses recherches, il lui a paru nécessaire de présenter plus largement le contexte des relations entre communistes et nationalistes, et finalement le livre a presque complètement changé de propos. Partant de la création de « L'Etoile Nord-Africaine » dans les années 1920 et des premières dissensions avec le PCF dès 1927, Jean Monneret évoque rapidement les périodes du Front populaire, de l'immédiat après-Seconde guerre mondiale et des prémisses de la guerre d'Algérie, avant de consacrer l'essentiel de son travail (soit environ 120 pages) aux relations souvent difficiles (comme avec le vote des pouvoirs spéciaux au gouvernement en 1956) et ponctuellement d'alliance plus ou moins de circonstance entre communistes et nationalistes pendant la guerre d'Algérie elle-même, les premiers étant pris dans une sorte de contradiction entre leur relations privilégiées avec le PCF d'une part, et le FLN d'autre part : « C'est au nom de sa vocation à représenter la classe ouvrière que le PCA conteste au FLN sa prétention à parler au nom de toute la nation ... L'absence de toute référence à l'indépendance de l'Algérie démontre la subordination du PCA à une ligne élaborée en dehors de lui et qui soumet le problème algérien à une stratégie globale, celle du camp socialiste ». Il aborde cependant « l'affaire Audin » dans la dernière partie du volume, à propos de la bataille d'Alger : « La dénonciation de la torture se centra vite sur le cas du mathématicien et un Comité Audin fut créé en novembre 19573. Il s'agit alors de protester contre la torture sans, nous dit l'auteur, se préoccuper de la réalité de tous les faits : Nous étions quelques-uns à penser que cette bataille (contre la torture) avait besoin d'un nom et d'un symbole comme l'avait été autrefois Alfred Dreyfus, et c'est le nom de Maurice Audin qui fut choisi ». On le voit, l'auteur n'hésite pas à prendre parti et procède à un démontage en règle des accusations lancées par le mouvement communiste. Tout n'est pas absolument convaincant dans la démonstration, mais il faut reconnaître que cette présentation à contre-courant du discours commun ne manque pas d'intérêt. Elle oblige par exemple à s'interroger sur la pertinence des propos sans cesse recopiés d'un auteur à l'autre sans retour à l'ensemble des sources et témoignages.

Un livre d'histoire comme on les aime bien : une recherche, des références et une thèse. Tous n'adhèreront sans doute pas aux conclusions de l'auteur, mais ce dernier produit documents et citations qui mettent à mal le discours habituel : en ce sens au minimum il mérite d'être lu attentivement.

Remy Porte (Novembre 2016)

 

 

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