Fonds documentaires Critiques littéraires La guerre d'Algérie vue par les Algériens (I) - Des origines à la bataille d'Alger

La guerre d'Algérie vue par les Algériens (I) - Des origines à la bataille d'Alger

 

Renaud de Rochebrune et Benjamin Stora

La guerre d'Algérie vue par les Algériens (I)
Des origines à la bataille d'Alger

Folio Histoire, 2016

 

Résumé :

Exercice extrêmement intéressant mais particulièrement délicat que celui qui consiste à étudier une période de guerre à partir des points de vue de l'adversaire, d'autant plus sensible que le sujet reste proche d'une part et que "l'autre" (son gouvernement, ses dirigeants) n'a pas encore entrepris la moindre démarche pour se dégager d'un discours de propagande d'autre part.

Le lecteur français ne s'étonnera donc pas d'un texte courant mettant systématiquement en cause la présence française depuis le débarquement de Sidi Ferruch en 1830 et présentant toute manifestation d'une opposition à la métropole comme participant de "Cent ans de résistance armée face à la conquête militaire". Il y aurait ainsi beaucoup à dire sur la révolte de 1916 contre la conscription, qui marque surtout un refus de voir les jeunes hommes des Aurès quitter leurs villages sans qu'il y ait nécessairement derrière une analyse politique "nationale" de la part des intéressés. De même, l'histoire de l'émir Khaled, "capitaine indigène", fait l'objet d'un chapitre, alors que celle du lieutenant-colonel Cadi, plus complexe et sans doute plus triste sur le fond, n'est pas évoquée. C'est donc avec beaucoup de sérénité qu'il faut prendre ce texte, et bien le comprendre comme le récit de cette guerre d'Algérie effectivement présentée à partir du point de vue, de l'histoire et de la mémoire des ennemis de l'époque. Le livre toutefois ne cache rien des difficultés intérieures de la rébellion, selon la terminologie officielle du temps, des exactions et massacres, des défaites enregistrées sur le terrain, et il sait aussi s'ouvrir à l'international, à la communication, évoque à plusieurs reprises la nécessité de l'encadrement politique d'une population plutôt favorable mais qui n'est pas prête à s'engager en conscience majoritairement, la place du parti communiste, etc. L'armée française, placée au premier rang de la répression par les autorités politiques, est présente presque à chaque page, et l'on peut regretter que plus largement le contexte algérien (colons, administrations civiles, etc.) dans son ensemble paraisse moins pris en compte.

C'est donc au total un livre utile, à ne surtout pas approcher avec un oeil partisan mais bien à considérer comme une contribution à la connaissance globale du conflit. Il ne dit pas "LA" vérité mais "UNE" vérité, et nous rappelle que pour espérer écrire un jour l'histoire apaisée de cette période sensible il reste encore un long chemin à parcourir. On attend avec impatience le tome 2 qui traitera, dans quelques semaines, des dernières années de guerre.

Remy Porte (Décembre 2016)